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Entretien avec Dominique Duverlie

Les musiciens de l'Orchestre de Picardie se produisent en formation de musique de chambre pour une quinzaine de concerts présentation dans toute la Picardie.
Dominique Duverlie, proviseur du Lycée professionnel Charles de Bovelles de Noyon et du Lycée Jean Calvin, nous explique la démarche des établissements publics par rapport à ces concerts présentation.

- Qu'est-ce qui, en tant que proviseur de lycée, motive votre volonté d'accueillir l'Orchestre de Picardie ?

La démarche d'accueillir l'Orchestre de Picardie résulte d'une volonté de doter la cité scolaire d'une politique culturelle, en l'ouvrant sur les différentes formes artistiques que sont la musique, le théâtre et les arts plastiques. Plus qu'ailleurs, il est important d'ouvrir ces établissements à des offres culturelles extérieures, car nous nous adressons à des jeunes pour qui l'école constitue souvent le seul et unique vecteur de découverte.

Le lycée professionnel est classé en Zone d'Education Prioritaire (ZEP), ce qui veut dire que le ministère nous octroie davantage de moyens, que nous décidons d'allouer pour une part à l'action culturelle. Il nous apparaît comme une nécessité d'introduire la musique dite "classique" au sein même de l'école, de la même façon que le lycée Jean Calvin a été le premier lycée picard à se doter d'une galerie d'exposition pour accueillir les œuvres du Fonds régional d’art contemporain.

- La présence de l'Orchestre de Picardie s'intègre-t-elle à un programme plus vaste d'actions de sensibilisation à la musique classique ?

Il existe une option musique pour le baccalauréat, mais il n'y a pas de cursus musical au sein de l'établissement. A l'heure actuelle, la place de la musique dans les lycées d'enseignement général, à plus forte raison dans les lycées professionnels, est complètement marginale. C'est pourquoi nous sommes heureux que l'Orchestre se déplace dans les établissements. C'est toute une conception de l'école qui est contenue dans cette démarche, l'esprit d'échange, la volonté de lutter contre l'uniformisation des goûts et des pratiques, mais aussi d'ouvrir l'horizon culturel des élèves et de préserver le droit à l'altérité. Nous ne possédons pas de programme spécifique pour la sensibilisation musicale, mais nous essayons d'éveiller leur curiosité en impulsant des actions qui vont faire naître un désir.

- Pensez-vous qu'il soit possible de nouer des relations privilégiées entre une formation symphonique et des jeunes lycéens ?

Oui, tout à fait. La première fois que l'Orchestre est venu au lycée Charles de Bovelles, cela constituait un véritable pari. C'était en mars 1999 et Edmon Colomer présentait des œuvres de Mozart et de Tchaikovski. Il a tout de suite eu un contact extraordinaire avec les élèves et tout le monde a été très surpris par leur réaction, ils étaient complètement captivés par le concert. La présence de tout un orchestre, qui plus est en habit de soirée, constituait sans aucun doute un véritablement choc culturel mais je pense que les élèves ont très bien perçu que nous ne leur proposions pas un concert de modeste qualité, mais qu'au contraire, nous les respections au même titre que n'importe quel spectateur, en leur offrant un concert de haute qualité. Le fait que les musiciens s'investissent autant que dans un concert public et maintiennent la même exigence artistique est un élément extrêmement important. Cette forme de respect pour le public scolaire, les élèves ne manquent pas de la ressentir, et cela les oblige à être aussi exigeants envers eux-mêmes, dans leur travail de spectateurs. Cette notion d'exigence vis-à-vis des autres, mais aussi d'eux-mêmes, constitue à elle seule une discipline que nous souhaitons maintenir coûte que coûte.

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